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Suite aux deux éditions de la Manifestation "d’abord les forêts", la Maison Laurentine engage maintenant une collaboration avec la Ville d’Andrésy dans le département des Yvelines. Cette collaboration permettra de partager l’expertise des deux partenaires sur les projets de Land-Art :
- dans la perspective de la manifestation "sculptures en l’Ile / des Sources de la Seine à la Confluence Seine-Oise" organisée dans l’Ile Nancy à Andrésy de Mai à Septembre 2012,
- pour le développement d’une réflexion (sous la forme de rencontres professionnelles, de stages, de conférences) sur les problématiques Art / Natures / Territoires.

Que peut l’art contemporain ?

« L’art contemporain n’est pas réservé aux spécialistes, aux experts, aux connaisseurs patentés ».

« L’art contemporain travaille à nous révéler ce que nous ne savons pas apercevoir : grâce à lui, la nature nous découvre ce qu’elle contient ».

François Dagognet , philosophe (« 100 mots pour comprendre l’art contemporain »)

« L’art doit paraître complexe, prétentieux, profond, intellectuel, inspiré, adroit, théâtral, significatif. Il doit sembler avoir une valeur marchande afin d’être, pour l’artiste une source de revenus. Pour accroître sa valeur (…), l’art doit apparaître comme chose rare, quantitativement limitée, donc accessible seulement à l’élite et aux institutions d’une société".

Ce constat au vitriol est celui, en 1962, du Manifeste du mouvement artistique Fluxus qui compta parmi ses membres : Joseph Beuys, Nam June Paik, Robert Filliou, Yoko Ono, Dick Higgins, Wolf Vostell, Charlotte Moorman, Bazon Brock, Henry Flynt, George Brecht, Marcel Alocco, Serge Oldenbourg, Ben Vautier, Ben Patterson, Geoffrey Hendricks, Charles Dreyfus, Eric Andersen, Jean Dupuy, Daniel Spoerri, Vytautas Landsbergis.

« L’art, c’est ce qui rend la vie plus intéressante que l’art »

Robert Filliou

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Que peut l’art contemporain ?
Que peuvent les artistes dans la période actuelle ?
Que peut proposer un « commissaire » d’exposition, hors des sentiers battus ?

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Un contexte global inédit : ’un monde en totale transformation sous les effets conjugués de la crise financière mondiale, des bouleversements climatiques, des mutations sociales. Les questions d’aujourd’hui ne peuvent se contenter des réponses d’hier, ou différées ou planifiées sur le long terme.

Le désarroi et le sentiment d’impuissance est général : que faire d’un monde dont on a le sentiment qu’il sera plus difficile pour nos enfants qu’il ne l’a été pour nos parents ?

Situation bien embarrassante que celle de ces parents, ou de ces responsables qui ne savent plus quelles valeurs partager avec leurs voisins ou transmettre à leurs enfants.

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Je souhaite convier les visiteurs à découvrir un parcours dans l’art contemporain, et à se retrouver dans les différentes explorations et visions que proposent les artistes.

Il ne s’agit pas d’imaginer un parcours pédagogique qui conduirait à expliquer les œuvres ; cela serait maladroit (car les œuvres doivent garder leur mystère), inutile (car chacun d’entre nous « regarde » « voit » et perçoit de manière différente) et démagogique (car, pour l’artiste, généralement, l’œuvre est une question ouverte, plus qu’une réponse).

Il s’agit de permettre à chaque visiteur de comprendre les enjeux des différentes approches artistiques : cette compréhension permet de se situer, d’exercer son jugement critique et de rentrer en conversation avec les autres.

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Je souhaite diversifier les modalités de présentation des œuvres exposées à l’intérieur d’un contexte unique (d’un espace total ) : chaque lieu d’exposition est une entité géographique, territoriale, écologique, mythologique, sociale.

L’enjeu est de faire en sorte que les œuvres entrent en conversation, en résonnance, en confrontation avec leur environnement immédiat (le bois, la rivière, la terre, le ciel), et que de cette rencontre naisse des possibilités ouvertes de « lectures » du lieu, de l’œuvre, du site, du monde, de l’autre.

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Le triptyque Art / Natures / Populations constitue les bases de l’équation qui peut nous permettre d’inaugurer, avec chaque visiteur, une conversation ambitieuse, exigeante et sans arrogance. Le potentiel d’une telle dynamique est considérable , pourquoi s’en priver ?

Je souhaite faire partager cette vision que l’Art ne peut réellement se concevoir que dans un rapport nouveau avec le Territoire et la Nature dans lequel il est présenté et dans une prise en compte ambitieuse de la population à qui il est proposé.

Je souhaite rendre possible les conditions d’une conversation, même si elle doit rester silencieuse autour de la beauté, autour des mystères qui l’accompagnent, autour de ce qui nous trouble sans que nous ayons nécessairement les mots pour l’exprimer. Les radicalités n’adviennent pas dans les huis clos entre experts de l’art, elles se structurent sur les terrains de l’action, là où des frictions sont encore possibles entre les réalités d’une population, les réalités d’un territoire et la présence d’œuvres d’art.

Et si parfois la présence de certaines œuvres peut sembler surprenante, ou même inappropriée c’est finalement une chance qui est donnée à chacun de rebattre les cartes de ses propres certitudes.

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Lorsque je suis visiteur d’une exposition d’art contemporain, je peux me poser plusieurs questions :
- Si l’œuvre est là pour me « dire » quelque chose et si l’artiste, a voulu me transmettre (ou me faire partager) quelque chose (un témoignage, un point de vue, une émotion, un constat, un hurlement, une révolte, une énigme (sinon quoi ? quel serait le sens d’une œuvre exposée dans un lieu interdit aux visiteurs ou absolument impraticable ?) alors comment puis-je « profiter » de cette rencontre ?
- Si je suis en mesure de percevoir que l’on me parle ou de quoi on me parle, alors je peux me situer et me déterminer. Je peux vouloir en savoir davantage, je peux adhérer au propos, je peux désirer partager le risque qui m’est soumis, réagir à la violence qui m’est faite, je peux aussi me laisser emporter par une beauté inqualifiable et que je n’aurais pas su imaginer le matin même.

Je peux aussi mourir d’ennui, m’enfuir et passer mon chemin.

Je souhaite donner toutes ces libertés aux visiteurs.

Pierre Bongiovanni décembre 2011