Sylvie Dallet de l’Institut Charles Cros était en visite le jeudi 9 septembre à la Maison Laurentine pour découvrir l’exposition "d’abord les forêts".
A propos de l’oeuvre "procession " de Art Kollectiv Konstrukt, sylvie Dallet nous a fait parvenir le texte suivant :
Un tronc pour la multitude
Il y a...,
passé le portail touge sang de la maison et la signalétique incongrue d’un rosier parasol, une double diagonale jaune qui conduit le regard du jardin vers l’échappée forestière et le ciel pommelé. Sous le mur pâle qui délimite le lit de la rivière, un tronc écorcé de 30 mêtres expose sa forme raide entre le vert de la pelouse et le gris du gravier.
Un tronc couché, poli comme un cure-dent, crêté de figurines muettes, dorées comme au rappel de l’ocre pâle du mur. Un saurien luisant, chevauché de fourmis de même couleur, posé sur trois pierres blanches. Un récit des origines, ciselé sans échardes.
Ce mât directif raconte une histoire ancienne, au partage des mondes. Un écheveau d’êtres bizarres et dansants, arpente en file indienne le tronc qui leur sert de passage : animaux de la ferme et des bois, guerriers mutants de tout poil, enfants nus ou casqués, jouets fluets ou massifs, corps miniatures ou disproportionnés, serrés les uns contre les autres pour ne pas glisser, avancent joyeusement vers la section du bois, en marche arrière...
Le promeneur accompagne volontiers cette circulation minuscule, amusé par le flux de cette multitude causante et pressée. Ni Darwin dans ses classements, ni Noé dans ses arches n’ont pu inspirer ce coudoiement sur trois rangs : les formes de l’enfance se mêlent aux images d’une humanité de la marge, hybride et discordante, qui voisine avec les animaux du 6ème jour, lézards, lions, chevaux, vaches ou poules géantes.
Ici, se télescopent l’origine et le futur des espèces, dans une galerie de l’évolution prophétique et métisse.
Fermant la marche et donnant la cadence, un ours musicien bat du tambour ; ouvrant la procession des infinis vivants, un enfant devance d’une main un cyborg casqué qui le toise. La troupe pourtant, n’a pas atteint le mitan de sa ligne de fuite ou de conquête : chacun danse à son pas, flancs contre épées, boucliers contre genoux. La place se fait nette soudain : l’enfant de tête parait épuisé.
Le pas du promeneur, dépassant la multitude, sans doute pressé d’aider l’enfant qui chancelle, découvre alors, plusieurs coudées plus loin, isolé car en avance, un être humain minuscule, campé sur un noeud du bois. Seul, plus petit que les vivants marcheurs qui le suivent, il scrute la route qu’il leur appartient de traverser jusqu’à l’ultime section de l’avenir.
Et la troupe des aïeux descendants avance sans crainte, comme aimantée par cet adulte miniature, qui sonde en vigie résolue, l’immensité du chemin qui leur reste. Dans cette poussière d’or qui fait croire à la joie, entre les cycles froissés de l’herbe et le crible des pierres jonchées, la piste rectiligne conduit au foisonnement du jardin. Et l’artiste, tout à la fois ours tambour major, enfant épuisé et garde de l’arbre de la multitude pressent, sous le récit des origines, le démâtage du vieux bateau comme la floraison des nouveaux mondes.
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